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Interpellé à Monaco en possession d'1,9g de cannabis, l'auteur est aussitôt incarcéré dans les geôles princières. Commence alors pour lui une incroyable histoire procédurale, véritable cauchemar kafkaïen qui lui fera passer plusieurs mois en prison malgré sa grève de la faim et le soutien de divers comités actifs. Remarquablement écrit, nous tenant en haleine de bout en bout, le témoignage de Christian Dalia dénonce le système juridique quasiment hors-la-loi en place à Monaco, l'indifférence des autorités judiciaires face à sa maladie – il est atteint du sida –, la nonchalance de ses avocats…
Monaco. Le nom faisait encore rêver, il y a peu. Depuis, rapports et enquêtes ont révélé au grand public les dérives mafieuses du plus proche et du plus miroitant de nos paradis fiscaux. Mais une autre facette de la principauté reste méconnue. Caméras, démonstrations de force, interpellations illégales, procès à sens unique : le rocher est un véritable état policier. Un simple joint vous y conduit tout droit à la case prison. Christian D. a fait les frais de cette répression. Il est d'abord condamné à dix jours de prison ferme pour quelques grammes de cannabis. Sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis pour des raisons similaires par la Sicile, il est maintenu en détention arbitrairement, avant d'être extradé vers l'Italie, comme un dangereux criminel. Il passera en tout plus de quatre mois dans les geôles monégasques et italiennes. Avec pour seule arme la grève de la faim. Et à la clef une interdiction de séjour à vie dans une principauté qui, rappelons-le, n'a jamais signé les accords de Genève. Finalement remis en liberté pour des raisons de santé, il sera de nouveau interpellé pour les mêmes faits, trois ans plus tard, lors d'un séjour au Maroc aux accents surréalistes, avant d'être refoulé en raison de sa séropositivité. Aujourd'hui, la procédure n'est toujours pas achevée. Alors on finit forcément par penser à un autre Procès, non moins hallucinant. Monaco Express nous mène dans les coulisses d'un système absurde et hypocrite où l'évêque dit la messe de l'autre côté de la cellule, et où c'est le grand délinquant qui s'érige en modèle de vertu en condamnant le petit consommateur de cannabis. À part une menace fantôme pour nos sociétés hautement vertueuses, Christian D. est un fumeur de joints. Il ne fait de mal à personne. Cinq millions de français partagent le même penchant délictueux. Les prisons sont surchargées, les juges débordés, et des gens perdent leur travail, faute d'une réglementation honnête et raisonnable. Racontée un peu comme une désastreuse partie de Monopoly, son histoire n'est pas une aventure lointaine, un cauchemar turc ou indonésien. C'est un réquisitoire de fer contre les errements et les contradictions d'une justice internationalement aveugle, ignorante des droits des citoyens et de leurs libertés fondamentales.
“ Je descends de l'auto et, instantanément, je sens un contact froid autour de mon poignet. Dans le même temps, sans ménagement aucun, le policier écarte mes jambes et plaque mon visage sur le coffre à bagages. Ensuite il effectue une palpation de mes chevilles et de mes jambes, ainsi que de mon entrejambe, de sa main restée libre. Jimmy, mon compagnon de voyage, et pour ce cas d'infortune, se dresse sur le siège passager du cabriolet et s'écrie : “ Il n'a rien fait, laissez-le ! ” Je dois avouer que pendant ce temps je ne saisis pas ce qui se passe… ” Christian D., Monaco Express.
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