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Comment peut-on dignement honorer à sa juste valeur l'un des principaux piliers de notre ordre social, à savoir la police ? Il existe, depuis maintenant quatre-vingts ans, un monument au soldat inconnu. Pourquoi ne pas en ériger un autre, dédié au policier inconnu ? C'est que propose Maurice Rajsfus, avec un humour résolument noir et volontiers grinçant.
Victime de cette police durant l'Occupation, Maurice Rajsfus est aujourd'hui un spécialiste émérite des faits (et méfaits) des forces de l'ordre à travers la revue "Que fait la police ?" et un infatigable militant des droits de l'homme, animateur à ce titre de l'Observatoire des libertés publiques. Il dispose assurément de tous les titres nécessaires pour signer ce pamphlet à la fois drôle et rageur, que le ministre de l'Intérieur risque néanmoins de ne pas apprécier.
Maurice Rajsfus a décidé d'honorer la police à sa juste valeur. Il existe, depuis quatre-vingts ans, un monument au soldat inconnu ; cette Souscription propose de la façon la plus caustique d'en ériger un autre, dédié au policier inconnu. L'auteur y envisage tous les aspects pratiques de l'édification de ce monument, du choix du policier inconnu à l'esthétique de l'oeuvre commémorative, en passant par le comité de parrainage, où figureraient tous les ministres de l'Intérieur et quelques préfets, dont “ l'incontournable Maurice Papon, aussi habile à la chasse aux Juifs qu'à la traque aux Arabes ”. Ce livre noir et grinçant est un excellent moyen de rappeler quelques hauts faits de cette institution : le 9 février 1934, jour où des manifestants communistes furent fusillés, le 16 juillet 1942, date à laquelle la police française rafla y compris des enfants juifs alors que les nazis ne l'avaient pas demandé, le 17 octobre 1961, qui vit plusieurs centaines de manifestants algériens “ tomber ” à la Seine, mai 1968, bien sûr. Cette Souscription est aussi l'occasion de dresser un portrait cruel de la réalité policière : “ Dans une société où l'on décide froidement qu'il y a plus de délinquants possibles que d'innocents authentiques, le policier est roi. Son éthique est limitée, et s'il accepte le mot déontologie, il n'en connaît pas le sens. À moins qu'il ne l'ait rapidement oublié. Les mauvaises actions ne peuvent que provenir d'une population mise sous haute surveillance. Par nature, le policier est au-dessus de tout soupçon. ”
Selon les périodes, les policiers n'aiment pas les Juifs ou les Arabes. Alors qu'on me permette de ne pas aimer la police ! M. R.
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