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Depuis le milieu des années 80, un impressionnant dispositif administratif et juridique s'est progressivement mis en place, installant le droit d'asile dans une crise qui n'en finit plus. Aujourd'hui, seule une infime minorité des demandeurs obtient le statut requis, et avec lui la garantie d'une certaine stabilité, après un parcours du combattant dissuasif à souhait. Cinquante ans après l'adoption par de la convention de Genève de 1951, qui définit le statut aux millions de réfugiés que compte la planète, la France, dans le sillage des autres pays européens, cherche à marginaliser à tout prix ce texte international au profit de forme de protection beaucoup plus précaires et arbitraires.
Neuf cents réfugiés ont échoué sur les côtes françaises. Les conditions dramatiques de leur départ, de leur voyage, , ont révélé un scandale : celui de la condition qui est faite aujourd'hui en France aux demandeurs d'asile. Depuis les années 80, les conditions d'accès au territoire français n'ont fait que se durcir : renforcement du contrôle des frontières, emprisonnement des arrivants, législation lacunaire et absolutisme ministériel… Au point que le droit d'asile est en passe de devenir lettre morte, en France et dans toute l'Europe : la construction européenne, orientée vers l'illusion d'une ouverture, n'a fait qu'agrandir les dimensions de la forteresse et diluer les responsabilités. La France, l'Europe, violent impunément le droit international, à commencer par la Convention de Genève : absence flagrante de recours et de contrôle, maintien dans le secret de “ centres de rétention ” qui ne sont rien de moins que des cellules de l'arbitraire et du non-droit. C'est cette illégalité impunie, dont sont victimes des milliers de personnes chaque année, qu'Antoine Decourcelle et Stéphane Julinet dénoncent dans leur livre.
" Les mesures visant à restreindre l'accès au territoire frappent indistinctement tous les étrangers, quelles que soient les raisons qui les poussent à partir, y compris les demandeurs d'asile potentiels, malgré les dénégations officielles. Les conséquences sont dramatiques pour les étrangers, et particulièrement pour les plus menacés et les plus pauvres. Leur efficacité, du point de vue du “contrôle des flux migratoires”, est pourtant relative. Les restrictions aux possibilités de déplacement légales favorisent les arrivées et les entrées illégales et la “lutte contre l'immigration clandestine” favorise le développement des filières qui l'organisent. " Antoine Decourcelle, Stéphane Julinet (extrait de Que reste-t-il du droit d'asile)
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