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Au moment où le film «Baise-moi» est menacé d'un classement X, Christophe Bier, l'un des meilleurs spécialistes français du cinéma pornographique, retrace l'histoire de cette loi, qu'il nous décrit comme l'ultime dispositif de la censure d'État : aspects légaux, fonctionnement et, pour la première fois, les commentaires du comité de censure.
De Draguse ou le manoir infernal (1976) à Baise-moi (2000), en passant par Fais jaillir ton pétrole ou Tourne ton cul, que je marque un but, la loi X a frappé près de mille films en France. Depuis vingt-cinq ans, la loi X ne se contente pas de " protéger " les mineurs : elle pénalise très lourdement ceux qui fabriquent, produisent et émettent des images interdites. Du coup, tout un genre cinématographique a disparu. Il a fallu que Baise-moi, un film " d'auteur ", un " vrai " film tiré d'un gros succès de librairie, tombe sous son coup pour qu'on s'émeuve enfin sérieusement d'une loi qui soulève une question essentielle, celle de la liberté ou non de toute expression, qu'on la partage ou pas.
" L'histoire du cinéma est jalonnée d'exemples de censure et de scandales, depuis le premier baiser cinématographique en 1896, la mutilation de la Serpentine Dance de Fatima, l'adoption du célèbre Code Hays en 1930 aux États-Unis jusqu'aux multiples interdictions totales. Au nom d'une morale douteuse, parfois hypocrite et dissimulant des attaques politiques, le cinéma a son cortège de films censurés. Et si l'opinion intellectuelle ne s'intéresse pas au film menacé, l'œuvre sombre dans l'oubli total. Pour une Religieuse de Jacques Rivette, combien de titres sont restés à leur époque sans défenseur ? " Christophe Bier (extrait de Censure-moi)
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